Environnement Lançonnais

Ce que personne n’a dit sur le prix Nobel de médecine

mercredi 6 avril 2016 par Alain KALT (retranscription)

Chère lectrice, cher lecteur,

La chinoise Youyou Tu a reçu le prix Nobel de médecine 2015.

Tous les journaux ont expliqué qu’elle avait mis au point un traitement contre le paludisme grâce à une plante utilisée en médecine traditionnelle chinoise, la qinghao.

Cela est vrai, nous allons y revenir, mais bizarrement, les autres propos de Youyou Tu sur la médecine chinoise ont été, à ma connaissance, totalement censurés dans la presse française.

Le Comité du prix Nobel lui-même a pris soin de préciser que ce prix ne récompensait pas la médecine traditionnelle chinoise, mais la découverte de cette chercheuse qui s’en est seulement « inspirée » [1].

Nous allons voir que cette situation est surréaliste.

Mais avant cela, permettez-moi de revenir rapidement sur la découverte qui a valu à Youyou Tu son prix Nobel.

De mystérieuses inscriptions gravées sur des tombes

L’existence de la Qinghao est mentionnée sur des inscriptions gravées sur des tombes chinoises datant de 168 avant J.-C.

Ses vertus sont vantées sur les anciens rouleaux à travers les siècles, jusque dans le « Livre des fièvres saisonnières » de 1798. Les guérisseurs, dans les campagnes chinoises, ont indiqué à Youyou Tu que cette plante, la qinghao, n’était autre que ce que nous appelons en Occident l’Artemisia annua.

L’Artemisia annua, ou Wormwood, est une herbe sauvage aux feuilles piquantes et aux fleurs jaunes.

Dans les années 1950, la tisane de qinghao était utilisée pour combattre les épidémies de malaria dans certaines régions de Chine, mais elle ne faisait l’objet d’aucune recherche scientifique.

Tout changea dans les années 60, quand le Président Mao Tse Toung reçut un appel de ses alliés au Vietnam Nord : les soldats chinois étaient décimés par la malaria (l’autre nom du paludisme).

Les médicaments contre la malaria ne marchent plus

La malaria était soignée depuis le XVIIe siècle grâce à une écorce rapportée du Pérou par les Jésuites : la quinquina. Ce traitement avait été fortement amélioré en 1820 quand des chimistes français en extrairent le principe actif : la quinine.

Dans les années 1930, la firme allemande Bayer, appartenant au groupe industriel chimique IG Farben (spécialisé dans les teintures), avait travaillé sur la quinine et essayé de produire des molécules dérivées plus efficaces. C’est ainsi qu’avait été inventée la chloroquine, toujours utilisée aujourd’hui.

Malheureusement, des résistances à la quinine et à la chloroquine sont apparues. Au Vietnam Nord, en particulier, ce traitement ne fonctionnait plus sur les soldats.

C’est dans ce contexte que Mao lança une grande mission de recherche pour trouver un nouveau traitement contre la malaria. Une équipe recourut à la méthode classique de recherche en médicament, qui est d’essayer des dizaines de milliers de molécules au hasard : ils en testèrent 40 000 sans succès. Une autre équipe, à laquelle appartenait Youyou Tu, partit au contraire à la recherche du savoir des guérisseurs traditionnels chinois.

À la rencontre des guérisseurs chinois

Les scientifiques appartenant à cette équipe testèrent plus de 2000 préparations à base de plantes utilisées par les guérisseurs chinois dans les campagnes. Ils identifièrent 640 cibles potentielles.

Plus de 380 extraits issus de 200 plantes chinoises furent testés sur des souris. C’est ainsi qu’ils finirent par découvrir les vertus de l’Artemisia annua, ou Qinghao en chinois, qui freine la croissance des parasites responsables de la malaria.

Ils découvrirent comment extraire le principe actif de cette plante à basse température pour obtenir un produit plus puissant. Ils l’appelèrent « Qinghaosu » (artémisinine en français). C’est cette découverte qui a valu le prix Nobel de médecine à Youyou Tu.

Mais en réalité, il fallut encore des années de recherche complémentaires pour élaborer un traitement efficace chez les humains.

En séparant les parties acides et neutres de cet extrait, l’équipe de chercheurs finit par mettre au point le 4 octobre 1971 un extrait neutre, non toxique et efficace à 100 % chez les souris et les singes infectés par la malaria.

Youyou Tu et ses collègues eurent le courage de tester eux-mêmes l’artémisinine pour vérifier qu’elle n’était pas toxique pour l’homme.

Elle ne l’était pas, mais l’efficacité contre le paludisme fut décevante. Il fallut encore dix ans de recherche pour développer, sur cette base, un traitement vraiment efficace qui fut finalement trouvé sous la forme d’un mélange d’arteméther, un dérivé de l’artémisinine, et de lumefantrine, un autre remède chinois.

Le remède abandonné

Ce remède aurait pu être diffusé dans le monde entier dès le début des années 80 mais il fallut encore attendre 30 ans.

En effet, après la mort de Mao, le programme de recherche fut interrompu. Personne en Occident ne pouvait utiliser ce produit qui était protégé par un brevet chinois, mais personne en Chine ne pouvait le produire non plus en l’absence de feu vert des autorités. L’Organisation Mondiale de la Santé, de son côté, laissa traîner le dossier. Ce n’est qu’en 2000 qu’elle finit par reconnaître officiellement son efficacité, étape indispensable pour qu’une firme puisse commencer à produire et distribuer le produit à grande échelle.

Durant tout ce temps perdu, le médecin anglais de Hong-Kong, le Dr Arnold, qui était allé en Chine pour participer aux recherches sur l’artémisinine, dénonça l’indécision des autorités comme « génocidaire » tandis que près d’un million d’enfants africains mouraient chaque année de la maladie.

Ce retard est d’autant plus tragique que l’armée américaine, de son côté, continua à utiliser un dérivé de quinine, la méfloquine, pour ses soldats envoyés en opération dans les pays tropicaux.

Très efficace contre le paludisme, la méfloquine provoque malheureusement de graves effets secondaires, dont des cauchemars et des accès de paranoïa. En 2002, plusieurs soldats des forces spéciales américaines revenant d’Afghanistan tuèrent leurs épouses, après avoir été rendus fous par le traitement [2].

Finalement, en 2001, la firme pharmaceutique suisse Novartis acquit le brevet chinois sur le mélange arteméther-lumefantrine. Elle commença à le vendre en 2001 sous le nom de Riamet, à prix fort pour les touristes et les militaires mais à prix coûtant pour l’OMS et les ONG, sous le nom de Coartem.

Mais même pour cela, l’OMS et les ONG n’avaient pas l’argent suffisant. Les fonds ne furent disponibles qu’en 2005 grâce au Fonds mondial de 2002 contre le sida, la tuberculose et la malaria, puis « L’initiative présidentielle contre la Malaria » (President’s Malaria Initiative [3]) du gouvernement Bush, en 2005. Ce n’est donc qu’en 2006 que le produit devint vraiment disponible à grande échelle, soit près de 40 ans après sa mise au point !

Aujourd’hui, environ 150 millions de doses sont achetées pour les pays pauvres chaque année.

On peut donc parler de millions ou dizaines de millions de vies sauvées annuellement par ce seul remède.

Mais ce que personne ne dit, c’est que Youyou Tu essaye depuis des années d’alerter la communauté scientifique internationale sur les autres remèdes potentiels de la médecine traditionnelle chinoise.

Jusqu’à présent, ses appels sont restés vains.

Une voix qui crie dans le désert

Dans un article publié dans la revue Nature le 11 octobre 2001[4], Youyou Tu explique que ses travaux sur la Qinghao (artémisinine) ne sont qu’un exemple de ce que la médecine chinoise peut apporter à la santé dans le monde.

« L’artémisinine, qui contient un composé chimique unique, le sesquiterpene lactone créé par l’évolution phytochimique, est un vrai cadeau de la médecine chinoise traditionnelle chinoise.

Mais ce n’est pas le seul cas où la sagesse ancienne chinoise a porté des fruits.(…) »

De fait, elle cite de nombreux autres exemples :

- « L’huperzine A, qui est un agent efficace pour le traitement des troubles de la mémoire, est un nouvel inhibiteur de l’acétylcholinestérase dérivé de la plante médicinale chinoise Huperzia serrata, et un dérivé de l’huperzine A est actuellement testé en Europe et aux Etats-Unis pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. »

- « Le trioxyde d’arsenic, un remède ancien utilisé en médecine chinoise dans le traitement de la leucémie (leucémie promyélocytique aigüe, ou LPA), aujourd’hui considéré comme un traitement de première ligne de la LPA. [5] »

- « Des composés dérivés de remèdes traditionnels chinois, les molécules de chuangxiongol et de paéoniflorine, ont été testés pour prévenir la resténose (rétrécissement des artères) après une opération coronarienne (dans les artères du cœur). Ce composé à permis de réduire de 40 % le risque de resténose. »

Mais il y a encore beaucoup plus intéressant.

La médecine chinoise à la pointe de la recherche médicale

Youyou Tu explique que, malgré l’intérêt de ces nouveaux traitements, la principale valeur de la médecine chinoise n’est pas là.

« En effet, explique-t-elle, l’utilisation d’une simple plante pour le traitement d’une maladie spécifique est rare en médecine chinoise. Généralement, le traitement est déterminé par une approche holistique (c’est-à-dire tenant compte de tous les aspects de la personne, corps et esprit) de la maladie. »

C’est cette approche, selon elle, qui a « alimenté les progrès de la médecine chinoise depuis des milliers d’années. »

Elle évoque l’apparition d’une nouvelle discipline appelée la biomécanopharmacologie, qui prend enfin en compte un aspect essentiel du traitement, en médecine chinoise, qui est la circulation du sang [6]. La médecine occidentale doit encore découvrir l’importance des flux et énergies La médecine traditionnelle chinoise parle de « stase du sang » pour désigner le problème d’une stagnation facteur de maladie. Il convient alors de stimuler par divers moyen la circulation pour restaurer les flux et les énergies qui caractérisent la bonne santé.

Selon Youyou Tu, « l’utilisation conjointe d’exercices physiques qui augmentent le flux sanguin et d’extraits de shenlian, une autre plante médicinale chinoise, a montré des signes d’efficacité pour la prévention de l’athérosclérose. [7] »

Une étude récente a identifié le mécanisme responsable de l’effet de l’acide B salvianolique, un composé présent dans la racine de Salvia miltiorrhiza, en combinaison avec une accélération du flux sanguin, sur les fonctions des cellules endothéliales [8] (qui tapissent l’intérieur des artères).

Youyou Tu estime que « les exemples cités ne représentent qu’un fragment des dons et des dons potentiels de la médecine chinoise. Mon rêve est que la médecine chinoise nous aide à vaincre les maladies mortelles dans le monde entier, et que les hommes et les femmes du monde entier puissent bénéficier de ses bienfaits pour la santé ».

Ce message a été occulté dans les médias occidentaux, qui se sont concentrés sur l’affaire du prix Nobel et de la malaria… pour mieux censurer le message de Youyou Tu sur l’intérêt majeur de la médecine chinoise sur les maladies fréquentes chez nous (cardiovasculaires, cancer, Alzheimer…).

Des intérêts économiques énormes sont à l’œuvre. Une vraie lutte de titans est engagée, entre la médecine occidentale d’un côté, la médecine chinoise de l’autre.

Pour l’instant, la lutte paraît inégale. Seule une infime minorité avant-gardiste ose s’aventurer hors des « frontières » de la médecine conventionnelle occidentale.

Ma conviction est que cette petite élite pourrait bien révolutionner la médecine de demain.

À votre santé !

Jean Marc Dupuis

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Sources :

[1] http://www.sciencesetavenir.fr/sant...

[2] http://www.nytimes.com/2002/07/29/u...

[3] http://www.pmi.gov/about

[4] http://www.nature.com/nm/journal/v1...

[5] http://www.nature.com/nm/journal/v1...

[6] Liao, F. et al. Biomechanopharmacology : a new borderline discipline. Trends Pharmacol. Sci. 27, 287–289 (2006).

[7] You, Y. et al. Joint preventive effects of swimming and Shenlian extract on rat atherosclerosis. Clin. Hemorheol. Microcirc. 47, 187–198 (2011).

[8] Xie, L.X. et al. The effect of salvianolic acid B combined with laminar shear stress on TNF-alpha-stimulated adhesion molecule expression in human aortic endothelial cells. Clin. Hemorheol. Microcirc. 44, 245–258 (2010).

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