Environnement Lançonnais

Les banquiers veulent du vin bio !

mardi 17 février 2015 par Alain KALT (retranscription)

Vous vous souvenez d’Emmanuel Giboulot, viticulteur en biodynamie, qui a été condamné à 500 euros d’amende pour avoir refusé de traiter sa vigne avec des pesticides ?

Une mobilisation payante !

Vous avez été plus de 500 000 à signer la pétition de soutien à Emmanuel Giboulot. Et vos efforts, ainsi que la mobilisation du viticulteur lui-même et du tissu associatif local ont porté leurs fruits : cette année, la zone d’épandage prévue par l’arrêté préfectoral en Côte d’Or ne représente plus qu’un quart de la zone ciblée il y a un an. (Le domaine d’Emmanuel Giboulot en est exclu).

Surtout, l’administration a repris l’argumentation développée par Emmanuel lors du procès, à savoir qu’il fallait prendre une décision commune par commune, et ne traiter qu’en dernier recours si l’on constatait une contamination réelle de la vigne. Vous pouvez consulter l’arrêté préfectoral de 2014 pour la Côte d’Or ici.

Quelque chose a changé depuis le procès et la pétition : c’est la possibilité de débattre des choix posés par les viticulteurs. Même s’il existe encore des désaccords sur la manière de lutter contre la flavescence dorée et sur les développements de la vigne en Bourgogne, une chose est sûre : les épandages ne seront plus imposés de manière systématique en Bourgogne ! Il faut donc une fois encore féliciter notre vigneron pour son choix courageux qui, à l’époque, n’avait rien d’évident : il a privilégié la santé du consommateur à la protection de sa vigne en s’attirant les foudres de ceux qui craignaient pour leur propre domaine.

Car avant d’en venir à la conférence du 26 juin dont je vais vous parler, il faut bien avoir en tête deux choses :

- 1. Dans le monde viticole (et agricole en général), la question des pesticides divise terriblement, et malgré l’immense soutien populaire en faveur d’Emmanuel Giboulot, les professionnels de la vigne ne sont pas tous d’accord pour limiter les épandages de pesticides, loin de là.

- 2. L’épidémie de flavescence dorée, malgré la peur panique qu’elle a provoqué – parce qu’elle rappelle l’épidémie de phylloxéra qui, au XIXe siècle, avait ruiné une partie de la viticulture française (dans le Bordelais) – n’est pas la seule inquiétude majeure des vignerons. En effet, le secteur traverse une grave crise dont les consommateurs ne se rendent pas toujours compte, et les grandes régions viticoles comme la Bourgogne ne sont pas épargnées.

Le prix de la terre

Le 26 juin dernier, donc, l’IPSN était invité à Beaune pour une conférence sur la filière viticole organisée par la Caisse des Dépôts et le cabinet Lem3n.

Parmi les orateurs présents, on comptait surtout des personnalités du monde juridique et financier : c’était un parterre de banquiers spécialisés dans le vin, de notaires, d’experts-comptables, de consultants et d’organismes de financements publics comme les SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural).

La raison de ce choix s’est avérée rapidement évidente : depuis 1990, le prix du foncier en Bourgogne a été multiplié par six alors que le prix de la bouteille est resté beaucoup plus stable. En 2014, l’angoisse principale du vigneron est de savoir s’il va pouvoir continuer son activité, ou, lorsqu’il prend sa retraite, s’il pourra la transmettre.

Ici, on parle de viticulture familiale. Ce sont des domaines de huit hectares en moyenne (dans le département de la Côte d’Or) tenus par des familles depuis des générations, qui s’inquiètent d’abord du climat, des maladies, et de savoir s’ils vont ou non pouvoir payer leurs impôts. Or depuis quelques années, une grave crise a frappé le secteur agricole, à cause du mauvais temps – il a grêlé ces trois dernières années sur certains domaines ! –, de l’augmentation du prix de la terre lié à la spéculation sur les marchés agricoles internationaux, et au rachat de domaines par des investisseurs étrangers.

L’état de tension dans lequel se trouvent les viticulteurs, qui chaque année remettent leur gagne-pain et le travail de toute leur vie en jeu, est inimaginable pour quelqu’un qui n’est pas du sérail.

Malgré tous les progrès techniques dont la viticulture a bénéficié ces dernières décennies, la condition du vigneron n’a fait qu’empirer en raison du prix du foncier et de la pression fiscale exercée sur les domaines. Résultat : l’épouvantail du viticulteur, son ennemi premier, c’est l’investisseur étranger ou l’intervention de l’administration (la SAFER) dans la reprise de son domaine. On comprend cette crainte : un domaine, c’est une passion familiale partagée, le travail cumulé de plusieurs vies et la construction d’un savoir-faire précis. Comment, dans ces conditions, ne pas craindre de voir ce patrimoine défiguré par un investisseur (étranger ou non) pour qui le domaine viticole ne serait qu’une « danseuse » ? L’importance du terroir

Ce contexte explique que la question des pesticides et de la santé du consommateur paraisse secondaire, et les organisateurs de cette conférence, tout en l’incluant dans leur programme, avaient soigneusement évité d’en faire la question centrale des débats.

Et finalement, c’est un financier qui est revenu sur le sujet ! Il a estimé que la viticulture devait évoluer et prendre en compte les demandes des consommateurs, car ce qui fait la valeur d’un domaine aujourd’hui ce n’est plus sa seule appellation (qui dépend surtout du terroir) mais aussi le soin apporté par les professionnels de la vigne à la qualité de leurs produits.

Cet aspect est d’autant plus important que la concurrence dans le domaine viticole est de plus en plus forte dans le monde. En clair, la seule vraie voie de développement pour les viticulteurs bourguignons et même français, c’est de proposer un vin bio de qualité et de pratiquer une viticulture la plus respectueuse possible des terroirs. C’est toute la filière qui doit changer ses habitudes, à commencer par les pépiniéristes. Selon Claude Bourguignon, le problème de la flavescence dorée et des maladies de la vigne vient d’abord du clonage des vignes, pratique très répandue qui affaiblit la qualité des pieds. Et aujourd’hui ne résistent bien aux maladies que les vieux pieds de vignes, qui ne sont pas des clones ! Il ajoute qu’il faut développer une viticulture scientifique qui n’utilise pas simplement des techniques mais la science et qui prenne en compte la complexité et la richesse des terroirs.

Toutefois, en Côte d’Or, les viticulteurs ont pris conscience du problème. 12 % des vignes y sont cultivées en bio, ce qui est nettement mieux qu’ailleurs, et le mouvement semble s’intensifier, ce dont on ne peut que se réjouir.

Et la santé du consommateur dans cette histoire ?

Rappelons-nous toujours ce qu’explique le Pr Henri Joyeux : l’agriculteur est le premier acteur de la santé et rien ne sert de faire attention à ce que l’on mange si les produits que nous prenons sont toxiques. Or le vin, faut-il le rappeler, est bon pour la santé s’il est pris en quantité raisonnable (un ou deux verres par jour) dans le cadre d’une alimentation de qualité comme la diète méditerranéenne conseillée par le Dr Michel de Lorgeril.

À votre santé !

Augustin de Livois

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