Environnement Lançonnais

Le glyphosate est toxique et le “ Roundup ” est encore plus mauvais.

lundi 27 mai 2013 par Alain KALT (retranscription)

De nouveaux résultats de recherches soulèvent des inquiétudes sérieuses quant à la sécurité liée à l’emploi de l’herbicide le plus généralement utilisé, spécialité commerciale « Roundup » dont la matière active est le glyphosate. Ces résultats devraient se traduire par des ondes de choc auprès des partisans des cultures de plantes génétiquement modifiées pour être tolérantes à cet herbicide. Ces cultures représentent maintenant 75% de toutes les plantes génétiquement modifiées et cultivées à travers le monde.

Mais le pire réside dans le fait que le Roundup, qui est la formulation commerciale la plus commune de cet herbicide, est bien plus toxique que la matière active elle-même qu’elle contient ; par ailleurs, le Roundup est fabriquée par le même géant des biotechnologies qui a créé les plantes génétiquement modifiées et tolérantes à cet herbicide [i.e. Monsanto]. La spécialité commerciale est une association de glyphosate avec d’autres produits chimiques comprenant un agent tensioactif mouillant (détergent), le polyoxyéthylèneamine qui favorise la dispersion des gouttelettes pulvérisées sur les feuilles des plantes. L’utilisation du « Roundup » a particulièrement augmenté dans les pays où l’on cultive des plantes génétiquement modifiées – et tolérantes à cet herbicide – qui ont été créées par Monsanto.

Le glyphosate tue les plantes en inhibant une enzyme, la synthétase 5-énolpyruvyl-shikimate-3-phosphate (= EPSPS), laquelle est nécessaire pour la synthèse des acides aminés aromatiques tels que la phénylalanine, la tyrosine et le tryptophane ; ces acides aminés participent à la synthèse des vitamines et de beaucoup de métabolites secondaires tels que les folates , l’ ubiquinone et des naphthoquinones . On a cru pendant longtemps que cet herbicide avait une action plutôt spécifique et qu’il était moins toxique que d’autres herbicides, parce que la voie biochimique du shikimate n’est pas présente chez les mammifères ni chez les humains. Cependant, le glyphosate agit en empêchant la liaison du phosphoénol pyruvate au niveau du site actif de l’enzyme, or le phosphoénol pyruvate est un métabolite central qui est présent dans tous les organismes vivants ; de ce fait, il présente la potentialité d’affecter d’autres voies métaboliques.

Ceci a été confirmé par beaucoup d’études portant sur la toxicité liée à cet herbicide ; ces travaux publiés ont été passés en revue dans le rapport intitulé « The Case for a GM-free Sustainable World » qui a été diffusé par l’ISP (Independent Science Panel), un jury international pour une science indépendante [1].

Une étude épidémiologique conduite dans l’Ontario et portant sur des populations d’agriculteurs a prouvé que l’exposition de ceux-ci au glyphosate a presque doublé le risque des avortements spontanés tardifs [2]. Le Professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe de recherche de l’université de Caen en France, ont de leur côté décider d’approfondir les effets de cet herbicide sur les cellules du placenta humain.

Ils ont maintenant prouvé que le glyphosate est toxique pour les cellules placentaires humaines, tuant une grande proportion de celles-ci après 18 heures d’exposition à des concentrations inférieures à celles qui sont employées en agriculture [3]. De plus, le « Roundup » est toujours plus toxique que sa matière active, le glyphosate : sa toxicité est au moins le double. Cet effet augmente au cours du temps et il a été obtenu avec des concentrations de « Roundup » 10 fois plus faibles que celles utilisées dans les pratiques agricoles.

L’enzyme aromatase est un précurseur de la synthèse des oestrogènes (hormones femelles) à partir des androgènes (les hormones mâles). Le glyphosate interagit avec le site actif de l’enzyme mais son effet sur l’activité enzymatique s’est montré minimal, tout au moins tant que le « Roundup » n’était pas impliqué.

Mais il est intéressant de souligner que le « Roundup » a augmenté l’activité enzymatique après une heure d’incubation, probablement en raison de son effet d’agent tensioactif, en rendant le substrat des androgènes plus disponible pour l’enzyme. Mais après une l’incubation de 18h, le « Roundup » a invariablement inhibé l’activité enzymatique. L’inhibition étant associée à une diminution de la synthèse des ARN messagers, ce qui suggère que le « Roundup » diminue le taux de transcription de gène. Séralini et ses collègues suggèrent que d’autres ingrédients dans la formulation commerciale du « Roundup », augmentent la disponibilité ou l’accumulation du glyphosate dans les cellules.

Il y a, en effet, une évidence directe que le glyphosate inhibe la transcription de l’ARN chez les animaux à une concentration qui se situe bien au-dessous du niveau qui est recommandé pour l’application en pulvérisation de la spécialité commerciale. La transcription a été inhibée et le développement embryonnaire a été retardé chez des oursins après une exposition à de faibles concentrations de l’herbicide et/ou de l’agent tensioactif , le polyoxyéthylèneamine. On doit considérer ce pesticide comme pouvant présenter un risque pour la santé par inhalation lors d’une application par pulvérisation [4].

Une recherche récente a prouvé qu’une brève exposition au glyphosate commercial avait endommagé le foie chez des rats, comme indiqué par la dispersion des enzymes intracellulaires dans cet organe. Dans cette étude, le glyphosate et son agent tensioactif contenu dans la spécialité « Roundup » se sont également avérés agir en synergie pour augmenter les dommages au niveau du foie [5].

Trois études de cas récentes ont suggéré une association entre l’utilisation de glyphosate et le risque du lymphome non-hodgkinien [6] [7] [8]. Par ailleurs, une étude épidémiologique menée dans les états de l’Iowa et de la Caroline du Nord, aux Etats-Unis, qui comprend plus de 54.315 utilisateurs privés et applicateurs professionnels de pesticides, suggère un lien entre l’utilisation de glyphosate et le myélome multiple [9]. Le myélome a été associé aux agents qui causent soit des dommages au niveau de l’ADN, soit une suppression de l’immunité. Ces études n’ont pas fait de distinction entre la spécialité commerciale « Roundup » et la matière active, le glyphosate et il serait important que des recherches soient entreprises.

Source : Glyphosate toxic and “Roundup” worse . Mae-Wan-Ho et Joe Cummins. ISIS Press Release 07/03/2005 . [10]

[1] The Case for a GM-Free Sustainable World, Chapter 7, ISIS & TWN, London & Penang, 2003

[2] Savitz DA, Arbuckle , Kaczor D, Curtis KM. Male pesticide exposure and pregnancy outcome. Am J Epidemiol 2000, 146, 1025-36

[3] Richard S, Moslemi S, Sipahutar H, Benachour N. and Seralini GE.Differential effects of glyphosate and roundup on human placental cells and aromatase.Environ Health Perspect. 2005 Jun ;113(6):716-20

[4] Marc J, Le Breton M, CormierP, Morales J, Belle´R and Mulner-Lorillo O. A glyphosate-based pesticide impinges on transcription. Toxicology and Applied Pharmacology 2005, 203, 1-8.

[5] Benedetti AL, de Lourdes Vituri C, Trentin AG, Dominguesc MAC and Alvarez-Silva M. The effects of sub-chronic exposure of Wistar rats to the herbicide Glyphosate-Biocarb. Toxicology Letters 2004, 153, 227–32

[6] De Roos AH, Zahm SH, Cantor KP, et al. Integrative assessment of multiple pesticides as risk factors for non-Hodgkin’s lymphoma among men. Occup Environ Med 2003, 60, E11 http://oem.bmjjournals.com/cgi/cont...

[7] Hardell L, Eriksson M, Nordstrom M. Exposure to pesticides as risk factor for non-Hodgkin’s lymphoma and hairy cell leukemia : pooled analysis of two Swedish case-control studies. Leuk Lymphoma 2002, 43,1043–1049

[8] McDuffie HH, Pahwa P, McLaughlin JR, Spinelli JJ, Fincham S, Dosman JA, et al . 2001. Non-Hodgkin’s lymphoma and specific pesticide exposures in men : cross-Canada study of pesticides and health. 2001, Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2001,10,1155–63.

[9] De Roos AJ, Blair A, Rusiecki JA, Hoppin JA, Svec M, Dosemeci M, Sandler DP and Alavanja MC. Cancer incidence among glyphosate-exposed pesticide applicators in the agricultural health study. Environ Health Perspect 2005, 113, 49-54

[10] “The Institute of Science in Society” = ISIS, est une organisation basée à Londres, Grande Bretagne. Le site web est http://www.i-sis.org.uk

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