Environnement Lançonnais

Le bisphénol A entre (aussi) dans notre corps par la bouche

mardi 25 juin 2013 par Alain KALT (retranscription)

Le 12 juin 2013 par Marine Jobert

Les doigts dans la bouche, bientôt interdits pour cause de santé publique ? DR

Quelques gouttes de BPA déposées sous la langue de chiens ont permis de mettre en évidence l’absorption de ce perturbateur endocrinien par les muqueuses très fines et vascularisées de la zone sublinguale. Une nouvelle voie d’exposition plus « efficace », puisque les concentrations relevées dans le sang après exposition sont 100 fois supérieures à celles attendues lorsque le BPA est avalé. Pas étonnant, puisque le foie (qui filtre les polluants) n’entre pas en action quand l’exposition se fait par la bouche. De quoi nourrir la réflexion sur les méthodes d’évaluation de l’exposition des populations.

On savait déjà qu’il passait la barrière de l’épiderme. Des chercheurs de l’unité de toxicologie alimentaire (Toxalim) de l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra) et de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse viennent de mettre en évidence que le bisphénol A (BPA) peut également entrer dans notre organisme par la muqueuse de la langue et de la bouche et se retrouver à une concentration plasmatique 100 fois supérieure à celle observée après absorption par voie digestive. C’est sur le chien que les expériences ont été menées, avec quelques gouttes déposées sous la langue. Les canidés, en effet, sont couramment utilisés comme modèle pour l’évaluation de l’absorption buccale des médicaments, du fait de la similitude des propriétés de leur muqueuse buccale avec celle de l’homme (ce qui n’est pas le cas du rat dont la bouche est kératinisée). Les conclusions de l’étude ont été publiées le 12 juin dans la revue Environmental Health Perspectives.

La découverte est d’importance, puisque la muqueuse sublinguale, fine et très vascularisée, constitue une voie d’accès directe à la circulation générale, sans passage par le foie et son action ’filtrante’. A la différence de ce qui se passe lors de l’exposition via l’alimentation –la principale voie d’exposition aujourd’hui- le BPA accède ainsi à la circulation sanguine générale sans passer par le foie. Or cet organe dégrade le BPA en un métabolite inactif, le BPA-glucuronide qui est éliminé dans les urines. Ne subsiste alors que 1 à 2% de BPA actif’. La biodisponibilité[1] de ce composé chimique classé comme perturbateur endocrinien, qui mime les effets de l’œstradiol (une hormone féminine), est donc très faible quand il est ingéré. A contrario, les chercheurs ont mesuré des concentrations plasmatiques près de 100 fois supérieures à celles attendues lorsque la même quantité de BPA est absorbée au niveau intestinal.

Faudra-t-il désormais interdire aux enfants de mettre la main à la bouche, ce qu’ils font en moyenne 28 fois par heure ? Les doigts des caissières de supermarché –les premières exposées aux tickets de caisse imprégnés de poudre- feront-ils l’objet d’une surveillance particulière pour que jamais ils ne touchent leurs lèvres ? Car il apparaît à la lumière de cette nouvelle voie d’exposition que les études épidémiologiques sur l’exposition au BPA doivent prendre en compte ces comportements.

Une partie de la communauté scientifique met en avant des données de biosurveillance chez l’homme qui mettent en lumière des concentrations de BPA dans le sang bien plus élevées que celles relevées dans les urines. Des taux que réfutent les agences sanitaires, tant française qu’américaine ou européenne. Celles-ci préfèrent se baser sur les concentrations des métabolites dégradés, que l’on mesure dans les urines, pour mesurer l’exposition au BPA. « Il n’est pas question pour nous de valider a posteriori des niveaux élevés de BPA qui ont été rapportés dans le sang et qui sont peut-être dus à des contaminations extérieures », explique Véronique Gayrard, de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse, au Journal de l’environnement. « Mais nous disons que cette nouvelle voie d’exposition doit être prise en compte dans l’évaluation du risque et que des concentrations élevées [relevées dans le sang] ne sont pas forcément des contaminations. » La controverse sur l’évaluation du risque continue.


[1] En pharmacologie, la biodisponibilité décrit la fraction d’une dose qui atteint la circulation sanguine sous forme inchangée ; elle doit être prise en considération lors du calcul des doses pour des voies d’administration autres qu’intraveineuse.

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