Environnement Lançonnais

L’effondrement programmé de la méga-machine

mercredi 30 octobre 2013 par Alain KALT (retranscription)

08 octobre 2013

Dans nos sociétés complexes, toute notre vie quotidienne repose sur un système mondial de réseaux techniques interconnectés. Derrière une automobile, un grille-pain, un portable, il y a des centrales nucléaires, des lignes à haute tension, des oléoducs et gazoducs, des guerres menées pour assure l’approvisionnement en énergie... A partir du moment où cette méga-machine n’est plus alimentée par une énergie abondant et bon marché, doit-on s’attendre à un effondrement de civilisation ? Voici quelques réponses :

- 1. Lorsque l’historien américain Lewis Mumford a pour la première fois parlé de méga-machine, dans les années 1960, c’était pour traduire le caractère systémique de la technique qui englobe dans une même unité une machinerie colossale et un nombre considérable d’individus soumis à une organisation centrale. Désormais, parce qu’ils dépendent de sources d’énergie elles-mêmes mises en réseau, les individus et leurs machines sont interconnectés. Dans ce contexte, une panne globale est tout à fait envisageable. Mais peut-être le terme de « panne » est trop faible pour désigner le risque majeur que représente par exemple l’arrêt de la fourniture d’électricité. (Christian Godin)

- 2. Dans tout système vivant, la complexité a un coût métabolique ; plus une société est complexe, plus elle requiert de l’énergie. Nous ne percevons pas actuellement les coûts de la complexité car ils sont subventionnés par les combustibles fossiles. Confrontés à des difficultés, les solutions que nous mettons en place tendent à impliquer plus de technologies élaborées. La résolution de nos problèmes atteint le point que l’on connaît sous le nom de rendements décroissants : passé un seuil, vous payez de plus en plus pour obtenir de moins en moins de bénéfices. Nous pouvons voir dans les crises financières actuelles que nous avons atteint les rendements décroissants, car notre capacité à résoudre les problèmes passe par un endettement croissant ; nous avons plus de difficultés à payer plus de complexité. Après avoir épuisé l’énergie bon marché et la dette abordable, nous perdons notre capacité à résoudre nos problèmes. C’est précisément le processus qui a entraîné l’effondrement d’anciennes sociétés. L’effondrement est la simplification rapide d’une société. Ainsi, après l’effondrement romain, l’Europe occidentale est entrée dans le haut Moyen Age, période pendant laquelle les sociétés étaient largement simplifiées. (Joseph Tainter)

- 3. Le premier des risques systémiques tient à notre politique de croissance qui empêche la recherche d’un état stationnaire et nous fait osciller entre deux états instables : l’expansion et la crise. Ce système expansionniste sait parfaitement accompagner la hausse. En revanche il ne sait pas comment faire face à la baisse sans générer des purges. Il n’y a plus aucun outil (comme l’autoproduction) pour gérer une récession. On rajoute de la complexité à la complexité, on veut plus de croissance pour réparer les dégâts de la croissance. La société ne fait que répondre par les mêmes vieilles méthodes, le même logiciel qui celui qui a créé les problèmes. (Alban Vétillard)

NB : publié en 1988 en anglais, le livre de Joseph Tainter, L’effondrement des sociétés complexes, est enfin publié en français : éditions Le retour aux sources (196 pages, 26 euros)

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