Environnement Lançonnais

Pic hivernal des 100.000 MW, les vraies raisons de s’indigner

jeudi 29 mars 2012 par Alain KALT (retranscription)

Article publié le 14/03/2012 à 10:37 par OkanEnergy

Le début de cette année a été marqué par un événement important et largement couvert par les médias notamment les télévisions : le dépassement de la barrière des 100 000 MW dans la production instantanée d’électricité, le fameux « pic de consommation » de l’hiver. Nous allons tenter, dans ces quelques pages, d’expliquer pourquoi il est nécessaire pour notre pays de changer de voie, et pourquoi nous nous indignons du discours de nos « élites » lors de ce « pic record de consommation ». Depuis plusieurs années, on assiste à une augmentation effrénée du « pic de consommation ». En 2009, on passait pour la première fois la barrière des 90.000 MW, avec 92 300 MW. En 3 ans, l’augmentation a donc été supérieure à 10%.

Alors même que la crise a réduit l’activité économique, que les prix des énergies ne cessent d’augmenter, que les experts nous expliquent qu’il est nécessaire de réduire rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, ce « pic de consommation » français continue de progresser.

Répartition des usages.

Lors d’une journée d’hiver, la forme de la courbe de consommation présente un pic vers 19h, qui est notamment dû à l’augmentation, à ce moment là, de l’usage d’appareils électriques (plaques de cuisson, four, robot de cuisine, télévisions, ordinateurs... qui se ne cessent de se multiplier.) et de l’éclairage. Ce sont ces usages qui viennent former le pic de la courbe lorsque les familles rentrent à leur domicile. Le chauffage n’est pas réellement responsable du pic à proprement parlé. Par contre, il participe très largement à son amplitude et son augmentation année après année, jusqu’à dépasser en ce début 2012, le cap des 100 000 MW.

En cette période d’élection présidentielle, on aurait pu imaginer que certains candidats puissent s’emparer de cet événement pour lancer un large débat sur le rapport des français à l’électricité, et plus largement à l’énergie. Mais voilà, ce raisonnement rationnel n’a pas eu court dans nos médias, et c’est donc là une raison de s’indigner.

Eric Besson dans une centrale nucléaire.

En effet, la couverture des médias grand public a été largement inverse à celle que des experts auraient pu espérer. Dans les journaux télévisés des plus grandes chaines, et des chaines d’information continue, nous avons été bombardés d’images positives pour cet événement. Il y a eu le ministre en charge de l’industrie, Eric Besson, dans une centrale nucléaire pour expliquer que grâce aux centrales nucléaires, on peut passer l’hiver au chaud, et répondre sans aucun problème à la pointe de consommation, les responsables de RTE en PACA ou en Bretagne, nous expliquant que la situation est sous contrôle et qu’aucun délestage ne devrait être réalisé. Pendant trois jours, du lundi 6 mars au mercredi 8 mars, on nous a resservi les mêmes discours, et du coup, à deux reprises on a battu le record de l’année précédente, et en plus, on franchissait le cap des 100 000 MW. Notre ministre, sourire aux lèvres, ainsi nous expliquait que ceux qui pensaient qu’on pouvait se passer des centrales nucléaires étaient des inconscients, et d’écrire dans son communiqué de presse daté du 7 février 2012 :

« La forte disponibilité du parc nucléaire est aujourd’hui essentielle. A lui seul, le nucléaire représentait 63 % de l’électricité consommée à 19 heures. Si la France fermait 24 de ses 58 réacteurs, ce ne sont pas les énergies renouvelables à elles seules qui permettraient de prendre le relai. Le photovoltaïque ne fonctionne pas à 19 heures. Quant à l’éolien, sa disponibilité est très fluctuante : sur 6 600 MW de puissance éolienne installée, 3600 MW étaient disponibles aujourd’hui mais seulement 800 MW hier. La France devrait compenser par de nouveaux moyens thermiques, notamment à gaz. Notre pays serait davantage dépendant des importations de gaz en provenance notamment de Russie, laquelle a réduit actuellement ses livraisons à l’Europe. »

http://proxy-pubminefi.diffusion.fi...

Cette couverture médiatique est parfaitement honteuse, car elle ne reflète pas la réalité du sujet.

En hiver, le nucléaire produit moins qu’en été.

En effet, les images, les mots choisis laissent aux français l’impression que l’hiver, les centrales nucléaires permettent de produire l’électricité nécessaire au chauffage des ménages. Hors c’est un grand mensonge : proportionnellement, en hivers, le nucléaire produit moins qu’en été.

Le parc nucléaire ne permet en aucun cas une modularité dans sa production. Pour preuve, durant le printemps 2011, qui a été plutôt doux, le mardi 31 mai 2011 à 19h, la puissance produite par les centrales nucléaires étaient de 47 967 MW, sur un total 54 973 MW. (source RTE : http://clients.rte-france.com/lang/...).

Le jour du record du « pic de consommation », le mercredi 8 février 2012, le parc nucléaire produisait 59 180 MW. Le reste de la production était assurée par le charbon, le fioul et le gaz, environ 8500 MW, l’hydraulique 11 600 MW, 1500 MW pour l’éolien, le total faisant tout juste 83 830 MW. La consommation record était elle de 102 700 MW.

Pour compléter l’équation, à ce même moment, on importait près de 10 000 MW, notamment depuis l’Allemagne, l’Angleterre et la Belgique, et un certain nombre d’installations de petites capacité (fonctionnant notamment au fioul, tel les moteurs EJP, ou au gaz comme les centrales de cogénération) injectaient directement sur le réseau de distribution .

On voit donc bien que le nucléaire est loin de nous apporter une sécurité dans la production d’électricité. Sa modularité est d’environ 30% alors même que la demande peut varier de presque 100%. Ce sont bien les énergies fossiles (fioul, charbon, gaz) et les importations de nos voisins européens qui nous permettent de faire face à nos pics de consommation, écornant au passage le mythe de l’indépendance énergétique, mais nous y reviendrons.

Les pertes sur le réseau, représentent l ’équivalent de puissance de 6 réacteurs nucléaires.

Pour être complet, il nous faut également parler des pertes sur les réseaux de transport et de distribution. Au moment de la pointe, sur le réseau de transport, les pertes sur le réseau de transport étaient supérieures à 2600 MW, soit la production de 2 réacteurs EPR. Sur le réseau de distribution, on estime que les pertes techniques sont d’environ 3.5% soit environ 3500 MW, et les pertes non techniques d’environ 2.5%, soit environ 2500 MW. La puissance perdue dans les milliers de kilomètres de câbles et les différents transformateurs représentent la puissance injectée par 6 réacteurs nucléaire de 1400 MW chacun. En moyenne, sur l’année, ces pertes représentaient 33 TWh en 2010, soit l équivalent de la production de 4 réacteurs nucléaires de 1400 MW. Evidemment, ces pertes seraient très inférieures si on faisait le choix d’une production beaucoup plus décentralisée.

Les Français accroc à « l’élec » !

Mais, soyons sincères quelques instants. On ne pouvait rien espérer d’autre d’un pouvoir politique, qui depuis plus de 40 ans, fait tout pour justifier son programme électronucléaire. Les subventions au programme de recherche, les aides fiscales pour le développement du chauffage électrique, le financement par l’état d’une partie du programme de traitement et de stockage du nucléaire, ainsi que le gage de l’État qui assure les risques nucléaires pour le compte de EDF, sont autant d’aides dont seul le nucléaire a pu bénéficier.

Le résultat est sans surprise, et à la hauteur des moyens mis en œuvre. Entre 1985 et 2008, soit en moins de 25 ans, la consommation du secteur résidentiel à plus que doublé passant de 140 TWh par an, à 288 TWh (source INSEE). On peut vraiment dire que le programme nucléaire a rendu les français accroc à « l ’élec » .

Le retour du bâton.

Depuis le début des années 80, les décideurs ont fait en sorte de booster les consommations d’électricité pour justifier le parc nucléaire, et aujourd’hui, logiquement, ils utilisent la forte demande d’électricité pour justifier le prolongement du programme : Investissement sur les centrales existantes pour prolonger leur durée de vie de 10 ans. La construction de nouvelles centrales pour répondre aux demandes futures.

Mais voilà, aujourd’hui, les choses ont évoluées. EDF doit assumer seul une grande partie des coûts liés à la filière (le risque nucléaire est toujours pris en charge par l’Etat, puisqu’EDF n’a pas d’obligation d’assurances). La catastrophe de Fukushima (souvent minimisée par les élites françaises) va obliger EDF à revoir la conception de ces centrales pour prendre en compte des risques réels. La montée des actes de terrorismes devrait également obliger les constructeurs de telles centrales à prendre d’autres mesures de protection coûteuses. Tout cela a un impact direct et important sur le prix de l’électricité. Monsieur Proglio nous a donc annoncé en 2011, une hausse de 30% de l’électricité d’ici à 2015.

30% de hausse, ça veut dire que les français qui ont été fortement incité à recourir au chauffage électrique pendant trois décennies, vont voir leur facture d’électricité s’envoler, pour financer les nouveaux coûts d’un nucléaire devenus une énergie chère.

30%, c’est aussi l’écart de prix entre un contrat de fourniture chez EDF et un contrat chez ENERCOP, le seul opérateur à offrir une électricité d’origine 100% renouvelables.

Alors pourquoi accepterions-nous de payer plus cher pour une énergie plus risquée ?

Nucléaire : une courbe d’apprentissage négative

Comme le souligne, Mycle Schneider, expert international de l’atome, le coût du MW installé d’une centrale nucléaire augmente depuis la construction de la première centrale. Cela est contraire à tous les principes économiques qui font que lorsqu’on avance dans une technologie, on arrive à réduire de manière importante les coûts de production. C’est vrai pour les télévisions, les voitures, …. pour lesquels on arrive à toujours faire beaucoup mieux pour moins cher, c’est aussi vrai pour les énergies renouvelables où les efforts de recherche et la production à grande échelle permettent d’atteindre des réductions de coût annuel vertigineux, on parle de « learning curve », courbe d’apprentissage (par exemple les modules photovoltaïques ont vu leur prix divisé par 4 en 4 ans, entre 2008 et 2012). Pour le nucléaire, on constate l’inverse, on parle alors de « negative learning curve », courbe d’apprentissage négative. Le coût d’un MW aujourd’hui est compris entre 6 000 et 10 000 millions d’euros, alors qu’il était compris 900 et 1 500 millions d’euros dans les années 70 (source : Mycle Schneider, consultant international indépendant). Ce constat tient pour l’essentiel dans la non prise en compte de coûts externes non immédiatement chiffrés (stockage des déchets à vie longue, démantèlement, etc...)

Les alternatives au nucléaire sont nombreuses, et il est urgent de les mettre en œuvre pour assurer à la France un développement en rapport avec ses ambitions pour ce siècle, et garder des entreprises en pointe dans les technologies d’avenir. Il est donc temps, que les politiques, de droite comme de gauche, cessent de nous expliquer que nos centrales nucléaires vont répondre sans cesse à nos besoins (ce qui est faux, comme nous avons pu le voir) et commencent à donner les orientations pour positionner notre pays comme un leader d’un monde plus respectueux de son environnement. Nous en avons les moyens. Jusqu’à présent, c’est surtout la volonté politique qui a fait défaut.

L’énergie la moins chère, c’est celle qu’on ne consomme pas. Et aujourd’hui, il est prouvé que l’amélioration de l’isolation des bâtiments est la manière la moins couteuse sur le long terme de répondre à la problématique de fourniture d’énergie.

La première mesure à mettre en place peut paraître impopulaire, mais elle reste la base de toute politique énergétique digne des générations futures. C’est la mise en place d’un signal prix beaucoup plus contraignant que le tarif actuel.

La mise en place d’un forfait d’électricité obligatoire

Le tarif actuel de l’électricité n’incite aucunement aux économies d’énergies, pire il incite à la consommation. Aujourd’hui, plus on consomme d’électricité, et moins on la paye chère. Il est grand temps de remettre cela en cause. La solution optimale serait la mise en place d’un forfait par habitant, par exemple 1500 kWh en 2013. Dans le forfait, l’électricité est vendue au prix « vrai », niveau d’aujourd’hui réactualisé. Au delà de ce forfait, et par tranche de 500 kWh par habitant, on augmente les taxes sur le prix de l’électricité. Une telle mesure est modulable à volonté (seuil du forfait, seuil des paliers, et taux d’imposition par palier) et permettra d’inciter l’ensemble de la population aux économies d’énergies, et taxer fortement ceux qui consommeront le plus. Evidemment, il sera nécessaire de conserver les systèmes actuels qui évite que les plus pauvres basculent dans la précarité énergétique. Pour les entreprises, on peut créer un forfait par activité et par surface. Pour les bureaux, un forfait par m2 peut être mis en place. (Cela devrait permettre d’arrêter la course à l’éclairage dans les magasins, et contribuer à ce que les lumières des bureaux vides soient éteintes la nuit !)

La mise en place d’une telle mesure permettrait une rentrée fiscale supplémentaire à l’Etat, qui serait supérieure à 1 Md d’euros par an dès sa mise en place. Ces recettes pourraient être allouées directement au financement de projets d’amélioration de l’habitat, avec des taux plus favorables pour les ménages aux revenus les plus modestes.

Des mesures existent déjà aujourd’hui, mais elles doivent être renforcées, car jusqu’à présent, elles ne permettent pas un réel financement des travaux à réaliser. Ces investissements rentables sur plus de 15 années doivent être mieux soutenus par l’Etat via des prêt à taux réduits, et des incitations fiscales fortes.

On peut s’indigner en constatant que malgré les grandes promesses du Grenelle de l’environnement, les taux des crédits d’impôts pour les économies d’énergies sont en perpétuelle baisse.

Pourtant ces travaux entraînent une augmentation de l’activité dans le secteur de la construction. Des emplois non délocalisables, comme disent nos politiciens, mais cela ne suffit pas pour que le gouvernement actuel soutienne ce secteur.

Les énergies renouvelables.

Les technologies permettant l’utilisation des énergies renouvelables sont de plus en plus performantes et leurs coûts baissent d’année en année.

Cependant, leur développement en France reste relativement limité (en comparaison avec nos pays voisins) car les mesures prises par le gouvernement ne permettent pas un réel essor (ou pire, pour le cas du photovoltaïque, les mesures du gouvernement détruisent ce que la filière avait réussit à créer). Là encore, une grande partie des emplois concernent le secteur du bâtiment et de la construction, des emplois non délocalisables. Malgré cela, le gouvernement a changé le cap, à plusieurs reprises, prétextant que les subventions accordées financent les industries chinoises. Évidemment, cela est en partie vraie, mais la raison est simple. A aucun moment, le gouvernement n’a permis à la filière du photovoltaïque, par exemple, d’avoir une visibilité suffisante pour que des investissements lourds soient opérés.

Le rapport publié en mars 2012 par ENERPLAN montrent que la filière solaire en France est capable de créer 130 000 emplois dont 25 000 emplois industriels, si l’Etat français adopte une politique volontariste.

Le potentiel est gigantesque et son exploitation pourrait conduire notre pays vers une véritable indépendance énergétique.

La France est très en retard à cause de ses spécificités.

L’utilisation du solaire thermique peut, par exemple, réduire de 60 à 70% l’énergie consommée par les ménages pour l’eau chaude sanitaire, et peut couvrir jusqu’à 30% des besoins de chauffage. Pourtant, la France est très en retard dans le domaine, et la mise en place de normes françaises spécifiques, de nouveaux labels très coûteux et bien souvent redondant par rapport aux labels européens, augmentent les coûts des matériels et d’installation sur le sol français.

En Autriche, une famille qui construit ou rénove une maison, mettra automatiquement des capteurs solaires pour, à minima produire son eau chaude avec le soleil. En France, cela tient encore de l’exception, les spécificités françaises élèvent les coûts des matériels et d’installations. Une harmonisation des pratiques européennes permettraient d’avoir des prix bien meilleurs et une démocratisation de cette solution techniquement simple, et dont les résultats sont excellents.

Au delà du simple prix des solutions, arrêter de mettre des barrières d’entrées sur le marché français permettrait aussi à nos entreprises de développer des produits qui soient exportables. Aujourd’hui avec des normes spécifiques pour le marché français, nos entreprises ne développent leurs ventes que sur notre territoire. Il est impossible d’exporter des produits qui n’ont aucun sens économique, comme l’intégration bâti par exemple. Les allemands développent des solutions sur leur marché, et vont les vendre sur les autres marchés : Espagne, Italie, Etats-Unis, etc . En France à trop vouloir protéger, on finit par asphyxier les entreprises innovantes ! J’espère que les candidats à la présidentielle qui parlent d’aider les entreprises finiront pas comprendre ce point important.

Le développement de l’éolien a été freiné par la mise en place d’une réglementation draconienne. De plus certains opposants utilisent l’argument de son intermittence pour attaquer cette énergie dont le coût est pratiquement à la parité avec les prix de marché. En France, avec trois régimes de vents indépendants, on considère que 30% de la production d’électricité d’origine éolienne peut être considérée comme de l’électricité de base. De plus, les progrès en matière de prévision de la production permet d’optimiser la performance du parc éolien national. Enfin, et c’est aussi le cas pour le photovoltaïque, l’émergence de technologie de stockage et la mise en place de réseaux de distributions et de transports « intelligents » (smart grids), permettront à moyen à terme, d’atteindre des taux de couverture des besoins par les énergies renouvelables bien supérieurs à ceux que les lobbyistes du nucléaires répètent. On pourrait de toute évidence dépasser les 80% si des moyens de recherche et développement sont débloqués.

Le photovoltaïque a connu un développement extrêmement rapide depuis 2005 et la mise en place de tarifs garantis en Allemagne et en Espagne notamment. La réglementation française, favorisant l’intégration au bâti, a largement contribué au retard pris par les entreprises françaises dans le secteur. En effet, cette spécificité d’intégration (qui oblige les fournisseurs à fabriquer des produits uniques capable de répondre à des besoins et usages très différents), liée à la complexité du système d’assurances français, fait que les installations françaises sont plus chères et moins performantes que dans les autres pays. On se pose toujours la question de savoir à qui cela profite réellement, et à part l’industrie du nucléaire, et celle du pétrole, la réponse n’est pas vraiment évidente. Malgré cela, la réduction des coûts et la progression de la performance des modules, permets d’espérer un avenir radieux à cette filière. Sur les constructions neuves, son utilisation devrait se systématiser, et les coûts de production sont de plus en plus proche des prix de l’électricité distribuée chez les clients finaux. Ils auront donc très prochainement un intérêt à auto-consommer leur propre (dans les deux sens du terme) électricité. De plus, en maximisant la surface équipée en modules, et en utilisant des stockages d’électricité, on peut imaginer que les maisons deviennent autonomes en énergie dans les années à venir.

La géothermie pourra remplacer le parc nucléaire.

Dans son communiqué le ministre Eric Besson a raison en disant que l’hivers, à 19h, il ne fait pas soleil. Parfois, même il n’y a pas de vent. Mais des solutions de stockage peuvent être mise en place. De nombreuses technologies sont à l’étude, et un renforcement des moyens de recherche permettrait une mise en place à moyen terme. Le cadre réglementaire de ces systèmes doit être adapté : un centrale de stockage de l’énergie est doublement taxé : en tant que consommateur lorsqu’il est en phase de soutirage de l’énergie, et comme producteur lorsqu’il injecte sur le réseau. Ce rôle de lissage de la courbe de production/consommation doit être mieux considérée par l’autorité de régulation.

De plus, une des énergies renouvelables les plus prometteuses est capable de produire de l’électricité de base, 24h sur 24 et 365 jours par an : la géothermie profonde.

La géothermie doit également être plus largement valorisée, pour la production de chaleur, mais également pour la production d’électricité grâce à la géothermie profonde. D’après le baromètre 2011 des énergies renouvelables réalisé par Observ’ER, le sous-sol de la France permettrait de pouvoir produire plus de 700 TWh d’électricité de base (soit près de deux fois la consommation actuelle) grâce à la géothermie profonde en 2050. Cela veut dire que la géothermie pourra remplacer largement le parc nucléaire. Mais pour que cela puisse arriver, il est nécessaire de mobiliser des ressources pour pouvoir développer les technologies qui permettront d’exploiter plus largement cette ressource.

Aujourd’hui, la géothermie est la technologie qui produit l’électricité la meilleure marché aux Etats-Unis, avec un coût moyen de 36 $, soit très en dessous du coût donné pour le nucléaire dans cette étude, environ 62$. (source Crédit Suisse)

Un développement coordonné de l’ensemble des énergies renouvelables permettrait de produire de grandes quantités d’électricité, sans émission de C02. Cela permettrait la création de milliers d’emplois non délocalisables et positionnerait notre pays et ses entreprises en tant que leader de solutions d’avenir. Mais l’avance prise par l’Allemagne, le Japon et bientôt la Chine, pourrait être difficile à rattraper si l’inertie de la France à changer de cap est trop grande.

Le mythe de l’indépendance énergétique, et le vrai coût de la balance commerciale

L’entêtement de l’Etat français dans sa politique nucléaire est souvent justifier par deux raisons principales :

- ► Grâce à l’énergie nucléaire, nous assurons notre dépendance énergétique

- ► Le nucléaire permet à la France de rayonner à l’étranger en exportant notre technologie et nos savoir-faire.

Or, nous allons montrer que ces deux raisons sont plutôt fausses aujourd’hui, car la situation a beaucoup évolué depuis 1970.

Nous avons déjà vu que l’électricité d’origine nucléaire n’était pas capable de s’adapter aux pointes de consommation d’électricité que notre pays connaît tous les hivers. Cela oblige notre opérateur du réseau de transport à importer de l’électricité de nos voisins.

De plus, le combustible de nos centrales thermiques n’est plus produit en France depuis plusieurs décennies.

- ► Le fioul est importé depuis les pays exportateurs de pétrole, pays du golfe notamment.

- ► Le gaz vient principalement d’Algérie, de Russie et de Norvège

- ► Le charbon n’est plus produit en France, il est importé principalement d’Australie, Etats-Unis et Afrique du Sud.

Cerise sur le gâteau, ou plutôt, mensonge parmi les mensonges, l’uranium de nos centrales nucléaires est intégralement importés. L’activité minière d’extraction d’uranium s’est arrêtée en France en 2001, et en plus de 10 ans, nos hommes politiques n’ont pas eu le temps de changer leur discours. Aujourd’hui, la France importe son uranium depuis l’Australie, le Canada, le Gabon, le Niger, et plus récemment la Russie.

En favorisant le développement du nucléaire, l’Etat français a précipité le pays dans la totale dépendance énergétique. Aujourd’hui encore, en mettant autant de barrière au développement des énergies renouvelables, l’Etat continue d’augmenter cette dépendance, alors qu’il y a urgence à changer de voie pour que notre pays et nos entreprises soient à la pointe de révolution énergétique qui s’est amorcée avec l’avènement des énergies renouvelables.

Le second point souvent soulevé par les bienfaiteurs du nucléaire, est que cette industrie permet à la France de rayonner et d’exporter son savoir-faire et ses technologies à l’étranger. Cela a pu être vrai dans le passé. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et pour plusieurs raisons. D’abord, la France n’est pas le seul pays à pouvoir construire des centrales nucléaires. La Russie, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, chacun avec sa technologie, est capable de proposer à des pays clients leurs centrales. Les récents déboires du nucléaire Français en Finlande ou à Abu Dhabi en sont un exemple assez frappant.

De plus, les pays émergents qui ont des besoins en forte croissance n’ont pas les ressources pour investir dans des grandes centrales qui exigent en plus des grandes infrastructures de réseau qui n’existent pas. Par conséquent, des solutions plus diffusent doivent être proposées. Des solutions qui permettent également de ne pas augmenter le niveau global d’émission de C02.

Seules les énergies renouvelables répondent à ces besoins. Elles permettraient une réelle indépendance énergétique pour notre pays, et la création d’entreprises fortes capables d’exporter leurs technologies dans de nombreux pays.

La balance commerciale du programme nucléaire dans son ensemble est largement négative, et pénalise fortement notre pays. Le développement d’une filière renouvelables plus forte auraient des effets beaucoup plus favorables, en matière de balance commerciale et en terme d’emplois.

Les implications politiques de nos consommations énergétiques Les hommes politiques n’en parlent jamais, mais il faut être assez lucide : vu que toute l’énergie consommée en France est importée, à chaque kWh consommée on déséquilibre la balance commerciale de notre pays, et surtout on enrichit un pays « partenaire ».

Cela pourrait être l’objet d’une étude spécifique, mais il est certain que la dépendance des pays occidentaux vis à vis de leurs fournisseurs en pétrole, charbon et gaz notamment a permis à certains pays du moyen orient et d’Afrique de s’enrichir très rapidement. On peut aujourd’hui s’interroger sur l’utilisation faite de cette manne financière et son impact sur la vie des citoyens de ces pays et sur les relations internationales.

De plus, le développement des énergies renouvelables réduirait le besoin de recourir à l’énergie nucléaire, et cela aurait un effet de stabilisateur politique dans certaines régions du globe.

Impact Environnemental.

L’impact environnemental de notre consommation effrénée de ressource n’est plus à démontrer. Les rapports du GIEC (Groupe d’Expert Intergouvernementaux sur l’Evolution du Climat) auxquels ont participé plus de 2500 Scientifiques internationaux, ne laissent plus de doute à ce sujet. Même si certains sceptiques tentent toujours de minimiser l’impact de l’activité humaine sur le climat, il est nécessaire que nos dirigeants politiques cessent de se voiler et de nous voiler la face, et admettent qu’il est temps d’agir.

Sur ce point, peu d’hommes politiques ont un discours convaincant et cohérent. Pourtant il est urgent que ce message soit porté vers un large public. Non seulement les pays du nord pillent les ressources des pays du sud, mais en plus, les conséquences du réchauffement climatique sont beaucoup plus perceptibles dans ces pays. Cela entraine des famines, des déplacements de populations et forcément des migrations vers les pays plus tempérées de l’hémisphère nord.

Des propositions ambitieuses : un vrai choix de société.

Avec la montée de nouvelles puissances économiques comme la Chine, l’Inde et le Brésil, les pays européens, et notamment la France sont en perte de vitesse. L’acharnement dans des choix du passé risque de condamner nos entreprises et la France à subir le pouvoir d’autres pays. Nous sommes à une période charnière, et il est nécessaire de regarder la situation avec réalisme, clairvoyance et ambition. Le bilan que nous venons de réaliser devrait conduire nos politiques à prendre des mesures à la hauteur de l’enjeu et modifier la trajectoire non durable sur laquelle notre société s’est inscrite.

Une société basée sur la sobriété doit être inventée. Seule une société sobre pourra être durable. De nombreux exemples de société sur-consommatrice qui ont sombré jalonnent l’histoire de l’Homme sur les cinq continents.

La sobriété doit devenir une priorité dans l’éducation. Et l’éducation doit devenir une priorité internationale. Car seule l’éducation des peuples et en particuliers celle des femmes permettra d’atteindre des objectifs ambitieux en terme de préservation de la planète.

La façon de dessiner nos villes, nos villages doit être revue pour arrêter des gaspillages d’énergie et de terres agricoles. Les logements collectifs doivent être rendus plus attractifs et presque obligatoires, la densité d’habitation doit être recherchée pour favoriser les solutions de transports en commun au détriment de l’utilisation abusive des modes individuels motorisés.

Les solutions de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables doivent être développées et soutenues par l’Etat. Le potentiel existe. Il faut l’exploiter davantage encore avant qu’il ne soit trop tard...

Stephane Hessel dans son livre paru en octobre 2010, nous incitait à nous indigner. Je crois que le secteur de l’électricité, secteur qui touche l’ensemble des citoyens de notre pays et du monde entier, est aussi un motif d’indignation.

Mais au delà de l’indignation, il est surtout une opportunité de rebond pour l’ensemble de notre pays et de notre société pour inventer un monde nouveau, un monde plus respectueux de notre environnement et qui prend soin des générations futures.

« L’énergie durable est notre avenir, inventons-la ».

Voir en ligne : source de l’article...

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