Environnement Lançonnais

ACCOUCHER À DOMICILE ? AUCUN RISQUE !

lundi 27 janvier 2014 par Alain KALT (retranscription)

« Accoucher à domicile ? Non mais tu n’y penses pas ! » Que vous soyez future maman, ou futur papa, votre entourage ne va pas manquer de vous exposer des flots d’arguments contre l’accouchement à domicile et ses dangers.

Vous aurez beau répondre qu’en 1945, 45 % des accouchements se déroulaient à la maison. Rien n’y fera... Vous aurez droit à tous les tons, de la menace à la pitié... Cela va durer jusqu’à l’extrême limite de votre grossesse. Je veux vous prévenir car faire ce choix est une longue lutte. En revanche, si vous abandonnez, personne ne vous ennuiera plus avec ça. Persone ne vous dira, mais à l’hôpital c’est dangereux, ah ça non !

De plus en plus de femmes font, malgré tout, ce choix aujourd’hui. En gros, il y a encore 10% de résistantes : moins de 3 000 naissances à domicile en France chaque année pour 800 000 accouchements mais 60 000 à 80 000 mamans souhaiteraient faire le choix d’accoucher "autrement qu’entourées de machines" si on leur en donnait la possibilité....

C’est mieux organisé chez les voisins !

Curieusement, les chiffres sont bien plus élevés dans les pays d’Europe du Nord ou aux États-Unis. Selon une étude du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC), de plus en plus d’Américaines choisissent l’accouchement à domicile. Entre 2004 et 2008, leur pourcentage a augmenté de plus de 20 %. Aux Pays-Bas le chiffre devient impressionnant : presque 30% des femmes accouchent à domicile. Leur choix est en effet favorisé par une organisation différente du système de santé, qui donne plus aisément accès à l’accouchement à domicile (AAD). Il existe là-bas une véritable politique de santé publique, qui définit clairement les critères médicaux ouvrant le droit à l’AAD. Toute l’organisation néerlandaise est basée sur le postulat qu’il est possible de séparer sans ambiguïté les situations normales des situations pathologiques ou à risque. Dans ces conditions, rien ne s’oppose à ce que les accouchements normaux se déroulent dans un lieu non médicalisé, comme le domicile des futurs parents. La sécurité n’est pas, là bas, attachée comme en France à un lieu unique et irremplaçable, et à la quantité de moyens qui s’y trouvent accumulés, mais réside plutôt dans la mise à disposition de moyens appropriés à une situation particulière.

On considère donc qu’à condition que la femme le souhaite et qu’elle habite à moins de vingt minutes d’un hôpital (ce qui, compte tenu de la géographie néerlandaise, est généralement le cas), un accouchement normal, pour lequel un minimum d’intervention est envisagé, sera tout à fait sûr s’il se déroule à la maison. À l’inverse, un accouchement pathologique ou à risque ne pourra s’effectuer en toute sécurité qu’à l’hôpital, et nulle part ailleurs.

C’est au deuxième enfant qu’on veut accoucher à domicile

Si l’on en croit les sages-femmes interrogées sur la population qui se tourne vers l’AAD, les couples qui souhaitent un accouchement à domicile appartiennent à plusieurs groupes distincts. Il y a la population médicale et paramédicale (qu’on ne peut pas soupçonner d’être mal informée), des croyants de diverses confessions, des couples aux convictions écologistes affirmées, et beaucoup de gens comme vous et moi qui viennent à l’AAD après avoir été traumatisés par l’hôpital lors d’une expérience précédente d’accouchement.

En effet, certaines femmes attirées par l’AAD avouent s’être senties abandonnées, lors d’un accouchement précédent, par un personnel inconnu et débordé de travail, évoluant dans un environnement impersonnel, froid et bruyant. Les énormes structures hospitalières qui pratiquent en moyenne 4 000 accouchements par an sont devenues des lieux déshumanisés, des usines à bébés. Quant aux maternités de province, elles disparaissent les unes après les autres, en vertu de quotas administratifs motivés par un principe de précaution, qui considère qu’en dessous de 300 accouchements par an, on ne peut offrir de conditions de sécurité satisfaisantes. Alors, il n’y a pas le choix, toutes à l’usine ! Pourtant, les femmes aspirent tout naturellement à bénéficier d’un service plus humain, plus global et plus personnalisé. Elles désirent rester chez elles et être prises en charge par une sage-femme, qui accompagnera la grossesse et l’accouchement de manière adaptée à leur cas particulier.

Se réapproprier l’accouchement

Le bien-être du bébé et de la mère sont en effet les deux facteurs clés du choix d’un AAD. Les femmes qui ont choisi d’accoucher à domicile disent souvent qu’elles font ce choix pour se réapproprier leur corps et l’acte même de l’accouchement. Elles ne veulent pas de gestes intrusifs ou de séparation avec les enfants ainés, elles veulent privilégier le choix d’un environnement calme où elles pourraient accoucher comme elles en ont envie.

Finies les positions imposées pour l’accouchement, on peut décider de mettre son bébé au monde debout, assise, couchée, tout comme on peut choisir un lieu confortable, qui inspire confiance, un lieu où une partie du stress habituel dû à l’accouchement n’a plus lieu d’être. À la maison, pas de lumières aveuglantes, ni de machines qui sonnent à tout bout de champ, le couple mère-enfant n’est pas un numéro de chambre ou de salle de travail.

Et puis, en accord avec la sage-femme, on peut choisir une méthode adaptée comme le yoga, l’haptonomie, la sophrologie, le chant prénatal, la musicothérapie ou les exercices de respiration… et n’oublions pas le Pilates, pour mieux comprendre notre corps et notre musculature afin que le jour J, l’expulsion soit facilitée et que le périnée reprenne plus rapidement sa tonicité d’origine. Quel bonheur ce doit être, après l’expulsion, de se retrouver avec sa petite famille au calme ! J’ai un souvenir amer des nuits passées en hôpital après l’arrivée de ma fille ainée : impossible de dormir, du bruit dans les couloirs, du personnel qui n’arrête pas d’entrer dans la chambre. Je suis rentrée chez moi épuisée !

Il n’y a vraiment aucun risque ?

Le risque zéro n’existe pas. Que l’on choisisse l’hôpital ou la maison, les risques sont là et ils doivent être mesurés. Survenue d’une hémorragie, nécessité de devoir pratiquer une césarienne en urgence ou d’effectuer des gestes de réanimation du nouveau-né, l’évaluation des risques d’un accouchement à domicile demeure une condition essentielle au bon déroulement de celui-ci. En cas de complications, ce qui arrive dans 10% des situations environ, la maman devra être transportée à l’hôpital en extrême urgence. Il faut garder à l’esprit qu’une urgence qui n’est pas prise en charge correctement peut entraîner des conséquences très graves chez la maman et le bébé. Pour éviter les drames, les candidates à l’AAD doivent donc être des femmes « à bas risque » obstétrical. Le facteur temps est un autre argument fréquemment utilisé contre l’accouchement à domicile. Bien souvent, on vous servira du : « Oui, mais s’il t’arrive quelque chose, le temps que tu arrives à l’hôpital, tu y as pensé ? Tu prends des risques énormes ! ». Admettons.

À l’hôpital, le délai moyen de réaction est de 20 minutes

Hé oui, à l’hôpital, les minutes filent si on compte le temps que la future maman réagisse au fait qu’il y a un problème, qu’elle appelle une sage-femme qui est peut-être occupée ailleurs, que cette sage-femme appelle le gynécologue, que celui-ci arrive, évalue la situation, qu’il décide d’une césarienne et que les brancardiers emmènent la maman au bloc opératoire …. À la maison par contre, le temps de réaction peut être très court : la sage-femme est forcément là, elle constate tout de suite le problème, et peut immédiatement effectuer les premiers gestes salvateurs. Elle a tout le matériel et le savoir-faire pour cela. Elle peut aussi décider très vite du transfert, prévenir l’hôpital, et ainsi tout sera prêt à l’arrivée pour prendre en charge la maman.

Pour le transport, ce sont les pompiers ou le SAMU qui s’en chargent. Ils sont préalablement prévenus de l’AAD en cours et disposent donc de tout le matériel nécessaire pour gérer l’urgence. Si on n’est pas à 1 heure de route, pas de soucis. C’est d’ailleurs pourquoi l’un des critères fondamentaux pour pratiquer un AAD est que le domicile des parents se trouve à moins de 15 minutes de route d’un centre hospitalier.

En outre, la sage-femme reste en permanence présente aux côtés de la mère et de l’enfant pendant les deux heures qui suivent l’accouchement et, au moindre paramètre anormal, elle peut organiser le transfert et la prise en charge immédiate. Cela n’est pas toujours le cas à l’hôpital où le manque de personnel et la multiplication des patientes donnent des temps de réaction très variables. En fait, ce qu’il y a de formidable dans un AAD, c’est que durant tout le processus, une sage-femme est toujours à vos côtés, sans avoir à courir pour s’occuper d’autres patientes. N’est-on pas ainsi, finalement, bien mieux surveillée qu’en milieu hospitalier ?

Nos sages-femmes assurent… mais ne s’assurent pas !

Mais le désir de ces femmes qui veulent donner naissance chez elles, se heurte aujourd’hui à la pénurie de sages-femmes libérales prêtes à y répondre – elles ne sont qu’une soixantaine dans toute la France (si certaines me lisent je les invite à s’inscrire sur annuaire-therapeutes.com et nous donnerons le lien la semaine prochaine). Et les choses ne vont pas s’arranger de sitôt puisque depuis 2002, l’État exige que les sages-femmes qui pratiquent des AAD soient assurées contre les risques qui y sont liés.

Or aujourd’hui, sur 72 sages-femmes libérales qui déclarent pratiquer des accouchements à domicile, seulement quatre sont assurées ! La raison en est fort simple : leur revenu moyen annuel tourne autour de 25 000 euros nets et le coût de l’assurance est prohibitif (de 19 000 à 25 000 euros par an).

Tout cela prive évidemment nombre de couples de leur droit de s’adresser au prestataire de santé de leur choix. Quelques professionnelles militantes continuent quand même aujourd’hui à pratiquer l’AAD sans être assurées, mais elles savent qu’elles s’exposent à de lourdes sanctions, voire à l’interdiction d’exercer, et certaines vivent cette menace professionnelle très difficilement.

Les maisons de naissance, l’alternative bidon

La situation est si critique que des femmes habitant en région frontalière n’hésitent pas à aller accoucher en Allemagne, où elles s’installent dans un appartement de location et se font aider d’une sage-femme. Pour calmer les sages-femmes qui commençaient à râler on a fait passer en vitesse un texte au Sénat, qui prévoit l’expérimentation pour 5 ans d’une dizaine de maisons de naissances, situées à côté d’une structure hospitalière. L’objectif des maisons de naissance est d’offrir "un environnement technique approprié qui soit humain et individualisé, avec un personnel capable de répondre aux besoins physiques, émotionnels et psychosociaux des mères et de leur cercle intime. Elles sont orientées sur la femme et la famille". Tout ça c’est bien beau mais combien y aura-t-il de maisons de naissances ? 10 ! Pour toute la France ! et pendant 5 ans... Ce sera au mieux des hôtels chics pour mamans aisées, mais pas une solution de santé publique.

On comprend surtout qu’on ne veut pas des sages-femmes libérales dans ce secteur, point final.

Pourquoi attendre 5 ans ?

L’idée des maisons de naissances, n’est pas nouvelle, on en trouve dans un grand nombre de pays (surtout anglo-saxons). Et toutes les études menées confirment que les mamans les apprécient. Pourquoi attendre cinq ans ? Et pourquoi devrions-nous attendre que l’expérience soit finie pour accoucher dignement (il faudra en outre des décennies avant d’avoir construit un nombre d’établissements suffisant) ?

Il y a des professionnelles reconnues et autorisées à pratiquer chez vous, dans votre maison avec vos proches tout près... Si vous êtes déterminée, faites appel à elles. Ce sera une expérience qui vous marquera heureusement pour la vie... Manoeuvrer pour obtenir la disparition des sages-femmes pratiquant l’accouchement à domicile est non seulement une hérésie sanitaire et financière, c’est aussi une atteinte aux libertés fondamentales de l’être humain.

Caroline Morel

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