Environnement Lançonnais

Les champs roux

lundi 21 mars 2016 par Alain KALT (retranscription)

Chère amie, cher ami,

Le salon de l’agriculture s’est récemment clôturé. On parle aujourd’hui de crise agricole. Mais la situation ne date pas d’hier. Après la 2e guerre mondiale, l’agriculteur est apparu quand le paysan, son père, a disparu. En quelques années, il a transformé la terre pour souscrire aux exigences de l’administration française, puis européenne, persuadées qu’elles apportaient le « progrès » ! Il a dû arracher les haies, détruire la forêt, son sol comme aucune autre génération avant lui. Beaucoup se sont félicités de la hausse énorme des statistiques de production, sans se demander si ce système était durable.

Mon propos pour autant n’est pas de jeter la pierre aux inspecteurs du Ministère de l’agriculture d’hier et d’aujourd’hui ; ni même de proposer une analyse approfondie du problème agricole actuel. Vous en trouverez une fouillée par exemple ici. Non. Je souhaitais simplement attirer votre attention sur les liens qui existent entre notre modèle agricole et notre santé. Cela commence par la couleur des champs.

Vous avez peut-être remarqué que lorsque l’on traverse la campagne en France, en Belgique, en Suisse, mais aussi dans les deux Amériques, on voit parfois des champs d’herbes folles et rousses.

Lorsque j’étais adolescent, je croyais que c’était une espèce d’herbe dont c’était la couleur naturelle. Puis un jour, j’ai vu la ligne de démarcation entre l’herbe fraîche et verte au bord du champ et toute l’étendue d’herbes rousses. C’était un champ mort. Mais je ne savais pas qu’il allait être réensemencé quelques semaines, voire quelques jours plus tard. C’est devenu la procédure habituelle.

La prochaine fois que vous traverserez la campagne en hiver - en train, en voiture, à pied si vous prenez ce temps là ou que vous y habitez – regardez bien la couleur des champs. Vous verrez ces vastes étendues désolées, ces terres trempées d’herbicides. Vous ne verrez plus jamais cette campagne comme avant, ni votre morceau de pain mais nous allons y revenir. Car les champs ne sont pas naturellement vides. S’il n’y a aucun végétal qui pousse sur des centaines d’hectare à la ronde, c’est qu’ils sont passés à « l’arme chimique ».

L’histoire ne s’arrête pas là. L’agriculture conventionnelle utilise des herbicides (qui font partie de la famille plus large des pesticides) à nombreuses reprises : avant la plantation, après le semis, comme facilitateur de récolte (ce que l’on appelle la dissecation) et après la moisson. C’est vrai pour les céréales, les vignes, les vergers, la sylviculture etc. Si le sujet vous intéresse vous trouverez ici un récapitulatif des autorisations d’épandage de glyphosate (l’herbicide le plus utilisé) qui existe en Europe et dans le monde, réalisé par l’association les amis de la terre. En regardant de près les données disponibles on comprend l’ampleur du phénomène. Car l’usage intensif, répété et prolongé dans le temps des pesticides a nécessairement une incidence sur notre santé.

Des maladies professionnelles chez les agriculteurs

Le fait est maintenant connu : les premiers à payer le prix de cette agriculture de la mort sont en toute logique les agriculteurs eux-mêmes.

En France, le lien entre exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson est reconnu officiellement depuis quelques années [1]. C’est une maladie professionnelle.

L’OMS, dans un rapport qui date déjà [2] considéraient dans les années 2000 que 250 000 personnes par an étaient directement empoisonnées par les pesticides

Au CHU de Bordeaux, pendant un temps, on parlait du cancer de la vessie, comme de la maladie des vignerons. Qui en était responsable ? Les pesticides... Le fait n’est pas nouveau. Déjà en 2005 la revue du vin s’en inquiétait ouvertement [3]. Aujourd’hui, la France consomme 67 millions de tonnes de pesticides par an [4], un chiffre à la baisse, heureusement. Mais 1/5e de ces pesticides sont destinés à la vigne qui ne représente que 3% de la surface agricole !

Faut-il qu’une partie de la population se sacrifie pour nourrir l’autre ?

Tout va bien Madame la Marquise !

Car officiellement, tout va bien chez les consommateurs. Il y un an, l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments a publié les résultats d’une étude portant sur 80 000 échantillons alimentaires de 27 Etats membres de l’UE. 97% de ces produits contenaient des traces de pesticides au-dessous des seuils réglementaires. L’ANSES, en France, a confirmé cette approche rassurante en considérant que parmi les 283 substances actives analysées dans des plats préparés, les seuils réglementaires étaient respectés dans 95% des cas. [5]

Personne ne s’est interrogé sur le fait que l’on pouvait retrouver 283 molécules toxiques dans notre alimentation à analyser ! Et si la somme de ces molécules, ce que l’on appelle l’effet cocktail, avait des conséquences sur la santé ?

Dans le fond, c’est toujours le même débat. Pris séparément, sans prendre en considération le contexte dans lequel vivent les individus, les plats préparés ou le blé industriel ne sont probablement pas dangereux. Mais le cumul de molécules chimiques ingérées entre les médicaments (la pilule contraceptive notamment), l’alimentation industrielle et l’air pollué par les pesticides ou les hydrocarbures a un impact réel sur la santé même s’il est difficile à mesurer. C’est ce qu’on appelle l’effet cocktail.

Pendant longtemps, les industriels ont considéré que cet effet cocktail, était un argument fantaisiste d’écologistes cherchant la petite bête. Mais les choses évoluent. En 2015, des chercheurs de l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier ont publié dans la revue Nature communications leurs travaux sur l’association de deux composés chimiques. Il s’agissait de l’éthinylestradiol (que l’on trouve dans les pilules contraceptives) et le trans-nonachlor (un pesticide organochloré). Ces deux molécules peuvent activer ensemble un récepteur dans le foie chargé de protéger le corps contre les substances toxiques. [6]

A l’issue de l’étude, les scientifiques se sont émus de ce que ces réactions aux polluants puissent fausser les traitements en chimiothérapie contre le cancer. Mais il me semble que cette inquiétude – en dépit de l’importance de la question du cancer – n’est pas l’essentiel. Que l’on repense aux 283 polluants analysés dans l’étude de l’EFSA ! Combien de combinaisons nocives de polluants existe-t-il ? N’est-il pas temps de les étudier sérieusement et surtout d’adopter des comportements limitant les risques potentiels ?

Allergie au gluten ou aux pesticides ?

Certains consommateurs de blé aux Etats-Unis commencent à se poser des questions sur les allergies au gluten. Ils se sont rendu comptes que les pâtes qu’ils prenaient chez eux les rendaient malades alors que les pâtes qu’ils prenaient en Italie ne leur posaient pas de problèmes particuliers [4].

La différence entre de réaction entre les pâtes d’un côté et de l’autre de l’Atlantique s’explique par la différence de méthodes agricoles. En Amérique du nord la dissecation (le fait de verser des herbicides juste avant la récolte) est très répandue. Cette pratique est clairement expliquée et encouragée par tous les manuels d’agriculture mis à disposition par les industriels aux agriculteurs ici chez Monsanto, là chez Bayer ou encore ici chez BASF et là chez Dupont de Nemours. Joie !

Cela permet d’harmoniser la taille des épis de blé et facilite le travail des machines. Si l’hypothèse mérite d’être vérifiée, elle fait partie de ces questions qui s’accumulent sur notre habitude curieuse depuis près de 50 ans de déverser massivement des molécules chimiques dans notre environnement sans penser que cela pourrait avoir des conséquences sur notre santé.

L’OMS s’inquiète du reste de la pollution dans le monde et estime dans un rapport commenté par la presse cette semaine que près d’un quart des décès dans le monde sont causés par la pollution. [5]

Pesticides, OGM et plantes mutées

Le débat sur molécules tueuses que l’on déverse sur les champs pour liquider "mauvaises herbes", insectes et champignons va de pair avec celui sur les OGM et les plantes mutées. Car l’industrie propose d’un côté des pesticides et de l’autre des semences génétiquement modifiées pour leur résister. L’idée est de faciliter la monoculture voire le mono système. On veut du blé et de la terre. Rien d’autre. Le risque est de créer des déserts. Mais la vie, les écosystèmes, tous les êtres vivants n’existent que par les interactions qu’ils ont les uns avec les autres.

Vous me direz tout cela est très bien mais que pouvons-nous faire ?

Il y a trois axes d’action possibles pour les citoyens consommateurs qui iront dans le sens de leur santé.

- 1/ Consommer plus de fruits et légumes bio, ainsi que du vin bio (un verre de rouge par jour). Le système de la monoculture favorise le développement de pratiques industrielles dans l’agriculture qui vont à l’encontre de notre santé.

Ne vous inquiétez pas pour les rendements. Les fermes du Bec Héllouin, de Sainte Marthe et les autres ont prouvé que sur des petites surfaces travaillées dans le temps on parvenait à avoir de meilleurs rendements que les fermes conventionnelles [7].

Il ne faut pas oublier que pour ces fermes, qui pratiquent la permaculture et l’agroforesterie, la surface n’est pas pensée en mètres carrés mais en mètres cubes ! Des racines et des champignons de la terre, en passant par les cultures, les arbustes et les arbres, on cultive, cueille et moissonne à tous les niveaux !

En consommant plus de fruits et légumes bios, vous favoriserez le développement de ces filières durables. Les prix baisseront avec le temps.

- 2/ Consommer moins de viandes. Nous consommons trop de viande (rouge notamment). Dans l’alimentation occidentale moderne, les protéines animales représentent parfois jusqu’à 80% de l’alimentation pour 20% de végétaux. L’idéal serait d’inverser cette proportion. On pourra prendre des petits poissons gras ou des œufs de poules ayant été nourries avec des graines de lin ou de colza (Filière Bleu blanc cœur). Il faut faire attention, le seul fait qu’ils soient bios, ne veut pas dire que les œufs contiennent davantage d’omégas-3. Leur alimentation reste le critère premier pour les omégas-3. Donc, soit ce sont vos poules sur le balcon et vous savez ce que vous leur donnez à manger, soit vous connaissez le producteur et les habitudes alimentaires de ses poules.

L’alimentation des animaux est du reste un sujet absolument tabou. On ne le dit pas assez mais 90% de l’alimentation des animaux d’élevage provient de céréales d’importation, le plus souvent OGM. 

Et c’est la raison pour laquelle, la troisième action que je vous propose est l’engagement citoyen :

- 3/ Signez la pétition de Consommateurs pas cobayes :

Cette association a lancé une pétition pour demander l’étiquetage des produits d’origine animale. Elle a également déposé une plainte auprès de la commission européenne car aujourd’hui la législation dans le domaine n’est pas respectée par la grande distribution.

Vous pouvez lire les explications détaillées ici et signez leur pétition là.

Bien à vous,

Augustin de Livois

Sources :

[1] Le lien entre la maladie de Parkinson et les pesticides officiellement reconnu

[2] The Impact of Pesticides on Health

[3] Pesticides, la fin de la loi du silence ?

[4] VOICI LA VRAIE RAISON POUR LAQUELLE LE BLÉ EST TOXIQUE (ET IL NE S’AGIT PAS DU GLUTEN)…

[5] Pesticides et santé, ce qu’en dit la science

[6] Une étude révèle la dangerosité de l’« effet cocktail » des molécules

[7] Consommation de pesticides phytosanitaires en France

[8] Un quart des décès mondiaux causés par des pathologies liées à l’environnement

[9] Comparing the yields of organic and conventional agriculture


Institut pour la Protection de la Santé Naturelle

Association sans but lucratif

Rue du vieux Marché au grain, 48

1000 BRUXELLES

Voir en ligne : Source de l’article...

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