Environnement Lançonnais

Marché ou lutte contre la finance : l’enjeu caché de la Conférence Climat à Varsovie

vendredi 29 novembre 2013 par Alain KALT (retranscription)

Hervé Kempf (Reporterre)

mardi 12 novembre 2013

La conférence des Nations unies sur le climat s’est ouverte lundi à Varsovie. Encore des discussions pour rien ? Pas si simple. Derrière la complexité des discussions se jouent des parties majeures. Dont celle qui vise à mettre au pas la finance mondiale afin de lutter vraiment contre le changement climatique.


Le délégué des Philippines à la Conférence sur le climat des Nations unies qui se tient à Varsovie, Naderev Sano, a déclaré lundi 11 novembre "qu’il jeûnerait jusqu’à ce qu’un accord significatif soit en vue" durant la conférence qui doit s’achever le 22. Il réagissait au cyclone Haiyan qui a dévasté son pays et laisse des centaines de milliers de personnes affamés.

La conférence s’ouvre alors que les nouvelles sur le changement climatique sont de plus en plus inquiétantes. Le rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) a, en septembre, levé les doutes qui auraient pu exister sur la gravité de l’évolution en cours. Tout récemment, l’Organisation météorologique mondiale a rappelé que la teneur de l’atmosphère en gaz à effet de serre a atteint en 2012 un record, qu’il s’agisse du dioxyde de carbone (CO2), du méthane (CH4) ou du protoxyde d’azote (N20).

Pourtant, le monde continue à émettre des volumes de gaz qui nous conduisent à un réchauffement bien supérieur à 2°C par rapport au niveau de l’ère pré-industrielle : ce seuil de 2°C est considéré comme celui à ne pas franchir si l’on veut que les effets du réchauffement global, déjà graves, restent supportables. Or, selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (Emissions gap report 2013), les émissions mondiales sont en 2010 de l’ordre de 50 milliards de tonnes équivalent CO2, soit bien au-dessus du niveau qui serait nécessaire pour ne pas dépasser 2°C (44 milliards de tonnes). Et si l’évolution continue au rythme actuel, on serait en 2020 à 59 milliards de tonnes. Pour rester à 2°C, rappelle le PNUE, il faudrait réduire en 2050 les émissions à 20 milliards de tonnes d’équivalent CO2.

Le dédain ostensible du Canada, de l’Australie et de la Pologne

Pourtant, les négociations sur le climat sont enlisées depuis le sommet de Copenhague en 2009. Et plusieurs pays manifestent ostensiblement leur dédain à l’égard du problème : le Canada a quitté le Protocole de Kyoto, l’Australie n’a pas envoyé son ministre de l’Environnement, Greg Hunt, à la conférence de Varsovie, et le pays-hôte de celle-ci la Pologne, n’a rien trouvé de mieux à faire qu’organiser au même moment un Sommet international sur le charbon... Faut-il alors désespérer de toute négociation internationale en considérant qu’il ne s’agit que d’un cirque vain ? Pas tout à fait. Ces réunions restent la scène où la communauté internationale se retrouve pour se confronter au problème planétaire, et élabore les outils qu’il faudra bien un jour mettre en oeuvre si l’on ne veut pas sombrer dans le chaos.

Toute la discussion s’organise autour de l’objectif d’un accord international à la conférence de Paris en 2015 - accord international qui entrerait en oeuvre en 2020. Cet accord sera-t-il consistant et contraignant, à l’image du protocole de Kyoto signé en 1997 ? Le traité de 2015 viserait lui aussi une baisse globale et coordonnée des émissions. Mais un influent courant de pensée, constatant l’échec du protocole de Kyoto, pense qu’il faut plutôt chercher des accords spécifiques à tel ou tel problème, voire des accords n’impliquant que quelques participants, pour éviter la lourdeur des procédures de l’ONU : Etats-Unis et Chine sont ainsi engagés dans un dialogue soutenu.

Plutôt les Jeux olympiques que le climat

Cependant, un accord international est souhaité par une large partie des pays du sud, notamment en Afrique : ces pays les plus pauvres savent qu’ils seront les premiers et les plus fortement touchés par les effets du changement climatique - c’est en fait déjà le cas -, alors qu’ils en sont les moins responsables. Ils pèsent donc pour le maintien de la négociation onusienne, avec comme objectif central celui du financement de l’aide à l’adaptation, autrement dit d’un transfert financier des pays riches responsables vers les pays pauvres victimes.

A Cancun, en 2010, on s’était mis d’accord sur un transfert de 100 milliards de dollars (environ 75 milliards d’euros) par an à partir de 2020. Pour commencer, on affecterait dix milliards par an sur 2010-2012 à cet objectif. En pratique, observe Luc Lamprière, d’Oxfam, "seuls 30 % de cette somme a été réunie, soit le coût des Jeux olympiques de Londres".

Mais la question du montant éventuel n’est pas la seule. Encore faut-il savoir d’où proviendraient les fonds. Dans la logique néo-libérale dominante, prêts et marchés seraient le principal instrument. Une logique privilégiée par les grandes entreprises internationales, d’ailleurs très présentes dans l’organisation de la conférence de Varsovie. Mais aussi par les principaux pays, à commencer par l’Union européenne, qui a pris vendredi 8 novembre des mesures pour sauver son marché du carbone en quasi-faillite. Cette approche est dénoncée par un collectif de plusieurs dizaines d’organisations à travers le monde : selon elles, ces mécanismes de marché "ont échoué à apporter une solution à la crise climatique, mais en plus bénéficient aux industries qui sont responsables de l’aggravation des dérèglements climatiques".

Taxer la finance

Une autre option serait de recourir aux taxes sur les transactions financières : on lierait ainsi la lutte contre le changement climatique et la lutte contre la spéculation financière, qui participe largement à la dégradation écologique générale. Un précédent existe, avec la taxe aérienne finançant le fonds de lutte contre le Sida. Mais on changerait évidemment d’échelle dans le cas du climat. Marché ou taxe sur la finance : c’est un enjeu majeur de la grande discussion climatique en cours.

Nul doute que le rôle des citoyens y sera déterminant. Pour l’instant, les opinions publiques semblent apathiques. Sauf que… des étincelles de vie sont prêtes à allumer le feu. Comme dans le train climatique qui part vendredi de Bruxelles vers Varsovie : Reporterre y embarque.


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